Épopée, ou la fraternité des voix qui résistent
Tout a commencé dans les coulisses. Au Studio Hébertot, deux spectacles se côtoyaient sans se voir vraiment — Stavanger, que je venais d’écrire, et Gelsomina, que Nina Karacosta portait seule sur scène depuis des années. Deux femmes arrachant la parole aux hommes, chacune à sa manière. Il a suffi de peu pour que cette proximité de couloir devienne une complicité, puis une envie commune : écrire ensemble quelque chose qui ne nous avait été commandé par personne.
Nicky L. est née de ça. De Nina, de son regard sur l’oppression qu’elle avait traversée et observée, de sa conscience de plateau qui a nourri l’écriture bien avant que je ne pose le premier mot. Une animatrice radio, reprenant l’antenne après quatre ans de censure, convoquant dans sa tête quatre femmes qui n’ont jamais eu besoin de personne pour se faire entendre : Hedy Lamarr, Simone de Beauvoir, Rosa Parks, Eartha Kitt. Une inventrice qu’on a réduite à son visage. Une philosophe qui a posé les mots avant que quiconque n’ose les prononcer. Une couturière qu’on croit fatiguée alors qu’elle était stratège. Une artiste mise sur liste noire pour avoir dit non à une table de la Maison Blanche.
Je n’ai pas voulu de statues. Ces quatre-là parlent à Nicky comme des consciences vivantes, pas comme des icônes qu’on dépoussière pour l’occasion.
Écrire cette pièce, c’est avoir accepté que le combat féministe ne se transmet pas comme un flambeau qu’on pose une fois pour toutes — mais comme quelque chose qu’il faut réapprendre, génération après génération, avec ses propres pertes, ses propres failles. La radio comme espace, parce qu’elle est intime et publique à la fois : on y parle bas, et pourtant tout le monde entend.
« On voudrait tellement être multiple, laissé derrière soi mille vies. Pour au moins en avoir une bien à soi. »
— Nicky L., Scène III